| @Kot |
L’automne pointe son nez, un mois d'octobre comme un autre, j'ai vingt-sept ans. L'homme m'appelle et m'invite au restaurant. Il a quelque chose à me dire, me dit-il... L'angoisse monte. C'est bien solennel tout ça ! Peut-être qu'il veut me quitter … Je ne veux pas attendre, alors je lui pose la question. Pas la peine de faire tout un repas ensemble si c'est pour qu'il me dise que c'est fini. Je l'entends sourire (oui parce qu'au téléphone, on entend sourire ) et il me dit, très rassurant :
«
Non, ne t'inquiète pas, tout va bien. »
Bon, si
tout va bien, alors ce sera un moment sympa. Oui, mais voilà,
comment ne pas penser toute la matinée à ce qu'il va pouvoir me
dire ? Malgré moi l'angoisse monte, je regarde ma montre toutes
les trente secondes. Le temps n'avance pas. Enfin si, il avance mais
par tranche de trente secondes... C'est très long... Jusqu'au moment
où l'heure est enfin arrivée. A partir le là, le temps file trop
vite. A force de regarder ma montre, j'en ai oublié que le temps
passait. Il faut que je me dépêche, je dois le rejoindre à la bouche du métro. Une fois ensemble, j'essaye de savoir ce qu’il veut tant me dire de si extraordinaire,
mais rien à faire, il veut m'en parler une fois que nous serons
attablés. Je rabats la porte de la boite à gant en lui disant :
«
Voilà, je suis attablée ! »
Mais en
dehors d'un sourire, je n'obtiens aucune information supplémentaire.
Nous
voici au restaurant, enfin ! Le serveur arrive avec sa question
habituelle :
« Une
table pour deux personnes ? »
Peut-être
qu'ils ne savent pas compter, les serveurs, me dis-je. On perd du
temps, ai-je envie de lui dire...
Après
avoir reçu la réponse à sa question, l'interrogatoire continu :
«
Vous désirez manger à l’intérieur, ou en terrasse ? »
Pourquoi,
c'est important ?
Mais
c'est l'homme qui répond, enfin, qui me repose la question, au cas
où je n'avais pas entendu :
«
Tu préfères manger à l’intérieur ou en terrasse ? »
Mais il complète, comme pour m'influencer :
« Il
fait beau, en terrasse ça peut être bien, non ? »
Comme je
ne trouve pas ça très important pour le moment, et
qu'effectivement, le soleil est encore agréable, j’acquiesce pour
la terrasse.
Nous
voilà enfin installés, attablés même. Nous allons pouvoir
parler ! Mais le serveur fait à nouveau son apparition.
Mais
qu'est-ce qu'il fait là ? Ah oui, il travaille ici... Tout de
même, il pourrait attendre...
«
Vous souhaiterez prendre un apéritif, messieurs-dames ? »
Bien
évidemment, l'homme répète la question à mon intention, une fois
encore comme si j'étais sourde ! Puis, sans me laisser le
temps de répondre :
«
Pour moi ce sera un kir, tu en veux un ? »
Comme, à
priori, on a accepté l'apéritif, je choisi également un kir.
Enfin
seuls, je me lance :
« Alors,
que voulais-tu me dire de si important ? »
« Je
préfère attendre les verres. »
Décidément,
je ne saurais jamais ce qu'il veut. Mais je cachais mon désespoir
derrière mon sourire légendaire. Patience, le serveur ne peut
rester absent très longtemps. L'attente fut comblée par des :
« Alors,
comment c'est passé ton rendez-vous, ce matin ? »
Et des :
« Bien,
bien …bla bla bla bla bla bla........ »
Puis, les
verres sont arrivés, victoire !
Subitement,
je n'avais plus envie de savoir, l'angoisse ( et oui encore elle )
était revenue malgré moi. Et s'il m'avait fait croire que tout
allait bien pour mieux me dire qu'il partait avec quelqu'un
d'autres ?!? Non, je ne voulais plus entendre. Pourtant, il me
prit la main et commença à parler. Le cœur battant la chamade, je
l'écoutais apeurée :
« Ça
fait six ans que nous sommes mariés, huit que nous sommes
ensemble... » Il fit une pause.
Je ne dis
rien mais n'en pensais pas moins : tu
en as marre et tu as envie de partir, avec qui ?
Heureusement,
ces mots restèrent dans ma tête car il poursuivit :
« Je
suis bien avec toi ! »
Ouf !!!
« Et
je voulais te demander, si tu serais d'accords pour... »
Nouvelle pause.
Se
marier, non on l'ai déjà, mais alors quoi ?
«
Si tu voulais qu'on est un enfant ? »
Waouh... !
Mon
énorme sourire refait son apparition, mais impossible de sortir un
seul mot.
Inquiet,
l'homme me demande :
«
Tu n'es pas d'accord ? »
Je
bois un peu de ce kir. Puis, en reposant mon verre, je souris de nouveau et
cette fois les mots viennent :
« Je
ne m'attendais pas du tout à ça ! »
« Et
tu n'as pas envie ? »
«
Si, si bien sûr, c'est juste que je suis trop contente pour te le
dire. Alors, jarrète la pilule ? »
L'homme
ravi devant mon enthousiasme, me répond :
« Oui,
tu l’arrêtes ! »
« Quand
? Demain, je la prends ou pas ?
« Non ! »
« Non ? »
« Non ! »
« Ok ! »
S'ensuit
un baiser pour valider notre pacte et un délicieux repas nous fut
servi que je put dévorer le cœur léger. Puis nous prenons le chemin du retour comme nous sommes venus : en métro, lovés dans les bras l'un de l'autre.
Sur une idée de Leiloona...
Marrant car je viens de lire un texte sur la même photo qui rejoint le tien, et qui s'en éloigne pourtant énormément. Deux mêmes traitements d'un même sujet ! ;)
RépondreSupprimerC'est étonnant de voir que cette photo inspire le même thème mais sur deux accords différents ! ;)
Oui, c'est étonnant... moi aussi j'ai traité la question de la maternité mais dans une optique un peu moins joyeuse! En tout cas, cet homme qui réclame un enfant à sa compagne n'est pas banal et il fait ça de telle manière qu'elle aurait pu difficilement lui dire non, hein? ;-)
RépondreSupprimer@ Leiloona : Oui j'ai remarqué aussi que d'autres avait eu les mêmes idées... C'est très étonnant en effet...
RépondreSupprimer@ Gwenaelle : Comment dire non à un homme qui veut un enfant de nous ? Impossible ! ;)
RépondreSupprimerUn texte agréable à lire par son dynamisme !
RépondreSupprimerOui étonnant ça valait la peine d'attendre sans s'angoisser mais à la place du kir le champagne eut été nécessaire.
RépondreSupprimer@ Mathylde : Dynamisme induit par le stress de la jeune femme... ;) Merci !
RépondreSupprimer@ Jean Charles : La journée aurait été plus douce, en effet... Pour le champagne, je te rejoins, mais je n'aime pas ça, alors... ;)
RépondreSupprimerEt un bébé de programmé, un ! pour moi aussi champagne, d'accord c'est l'heure p'tit déj mais pourquoi pas (j'adore les bébés)
RépondreSupprimerJoli texte où on attend impatiemment la suite
@ Valentyne : Peut-être qu'il y aura une suite... ;)
RépondreSupprimerCoucou ! Ravie de te lire ! Ta version optimiste de la maternité fait bien plaisir à lire !
RépondreSupprimerMerci Amélie... Ta visite me fait autant plaisir ;)
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